Quand la rentrée des classes rimait avec purge en Martinique

C’est une pratique qui a aujourd’hui quasiment disparu mais elle a laissé un souvenir marquant chez ceux et celles qui l’ont connue : la purge. Derrière ce mot un peu barbare se cache un procédé en plusieurs volets dont l’objectif était de débarrasser le corps d’éventuels toxines et parasites intestinaux. Ces lavements constituaient à la fois un traitement curatif et préventif.

La purge est un traitement vieux de plusieurs siècles qui était encore populaire il y a quelques décennies en Martinique.
Pour mieux comprendre son usage, il faut se remémorer le contexte social, économique et sanitaire passé de l’île. Les ressources médicales étaient faibles. Il n’y avait pas de système d’assainissement comme maintenant. Les conditions de conservation des aliments favorisaient la prolifération des vers et bactéries infectieuses au quotidien. « Nettoyer » le corps faisait partie des moyens de médication courants.

Pour les enfants des années 50-80, l’approche de la rentrée scolaire constituait un moment charnière. Après avoir ingéré une profusion de fruits pendant les grandes vacances – quénettes, prunes, goyaves, mangues – l’heure de la purge sonnait. Les familles recouraient à des remèdes naturels.

Préparer le corps en buvant des tisanes

Le traitement détox commençait avec des tisanes aux vertus rafraîchissantes. Les enfants en buvaient pendant plusieurs jours  – 4 à 8 en moyenne – à la place de l’eau. La composition de ces breuvages faits maison variait en fonction des familles : chiendant, balai doux, japanna, etc. Les tisanes étaient l’étape préliminaire à l’action du purgatif.

Laver l’organisme avec un lòk

Le looch, en français est un « médicament sirupeux composé essentiellement d’une émulsion et d’un mucilage. » Le mot vient de l’arabe « looq », dérivé du verbe « laaqa » qui signifie « lécher, sucer ».

En Martinique, le lòk, en créole, a pris une signification plus large. Il renvoie à un agent nettoyant et vermifuge pour l’organisme. Le lòk était essentiellement composé d’huile de ricin, dont les propriétés laxatives sont reconnues, et d’extraits de plantes comme la casse ou le senné. Certaines recettes incorporaient également du miel, de la fleur d’oranger et du jus d’orange, certainement pour en adoucir le goût. Attention ! Il est interdit de consommer de l’huile de ricin industrielle car elle contient une toxine puissante.

En complément de la pharmacopée naturelle, des substances plus chimiques étaient aussi utilisées telles que le sulfate de magnésie ou le Fluvermal.

Le lòk était suivi de soupes qui, selon les témoignages, facilitait le transit. Les enfants avaient droit au bouillon de légumes ou à la soupe aux vermicelles.

Décrasser avec les bains de feuillages

Les bains occupent eux aussi une place particulière dans la médecine créole. A la fin des grandes vacances, ils venaient compléter le nettoyage intérieur du corps. 

Renforcer le système immunitaire avec l'huile de foie de morue

Une fois le corps bien propre, on administrait aux enfants de l’huile de foie de morue pour qu’ils puissent entamer leur année scolaire sous les meilleurs auspices !

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