Y a-t-il une différence entre “souskay” et “chiktay” ?

souskay-chiktay-chiquetaille

Hello à vous ! Comme vous le savez, l’une de nos passions est de décrypter la cuisine antillaise, singulièrement martiniquaise. C’est la raison pour laquelle nos tours gourmands allient toujours pédagogie et dégustations. Nous expliquons notre gastronomie autant que nous aimons la manger.

L’heure est donc venue d’aborder cette question : y a-t-il une différence entre chiktay (que l’on retrouve aussi avec l’orthographie chiquetaille) et souskay ? Voici quelques éléments de réponse.

Souskay, chiktay : masculin ou féminin ?

J’ai longtemps pensé que le genre des deux mots était féminin : « une » souskay, « une chiktay ».

Après avoir pas mal fouillé, j’ai trouvé « chiktay » uniquement au féminin. En revanche, j’ai trouvé le et la souskay. A priori, les deux versions sont tolérées.

Chiquetaille : qu’a-t-on dans l’assiette ?

Étymologiquement, le verbe « chiktayé » en créole signifie déchiqueter, mettre en morceaux. Une chiktay est donc, littéralement, un émietté.

D’ailleurs, on retrouve l’expression en-dehors du cadre culinaire : Raphaël Confiant écrit par exemple « I té ba yonn an chiktay tè » ce qui signifie « il avait donné à l’un d’eux une miette de terre »

Nous avons sollicité le chef Bredas qui a rédigé l’ouvrage A la recherche des saveurs perdues et contribué au Larousse gastronomique. Son épouse et lui nous ont expliqué que « la chiquetaille est le mode de préparation créole qui consiste à déchiqueter une viande ou un poisson, notamment la morue, le poulet, le hareng saur. » 

Et la souskay, alors ?

Élémentaire mon cher Watson : la souskay est à partir de mangues vertes. Stoooop ! Pas si vite ! Si la souskay de mangues est très connue, il faut tout de même approfondir les recherches ! 

Le souskay, selon Patrick Chamoiseau et Jean-Luc Laguarrigue dans leur ouvrage Tracées de mélancolies, est une « préparation très épicée de fruits verts (mangues), de viande ou de poisson grillé ».

Cette définition est confirmée par le chef Bredas qui caractérise le souskay comme « un condiment antillais à base de fruits verts ou de poissons ou de viande en morceaux et mis à macérer dans du citron vert ou du vinaigre, des aromates, du sel et du piment. » On trouve de la souskay de prune de cythère, de papaye, mais aussi de groin, de lambi, de testicules, etc. 

Réserver le terme souskay aux fruits verts serait donc réducteur.

La souskay est d’ailleurs mise en avant par le groupe Kassav dans un morceau éponyme. Jean-Philippe Marthély y chante : « Ambiance…. Souskay !» tandis que Jacob Desvarieux répond : 
« An ti piman
An ti citron
Ti bren la sòs
Anlè’y ! ».
L’ambiance est pimentée, elle chauffe : comme l’assaisonnement !

 

Tu peux résumer la différence entre chiktay et souskay stp ?

Trois différences apparaissent entre chiktay et souskay :

  • Le mode de découpe : les produits sont émiettés en chiktay ; émincés en souskay 
  • Les ingrédients : on retrouve le poisson ou la viande en chiktay ; la souskay peut être à base de viande, de poisson ou de fruits
  • La présence de saumure : la chiktay serait le produit brut ; la souskay serait la préparation assaisonnée. Parler de chiktay pour un plat préparé serait donc un abus de langage.

Cet article vous a-t-il été utile ? Qu’en pensez-vous ?

Leave a Reply